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LE M@G DES AVOCATS n° 34 Le BARREAU de FRANCE n° 367 Juillet/Août/Septembre 2017

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UN AVIS SUR LE RAPPORT de Kami HAERI

« Tout ça pour ça !... »

Par Cyrille PIOT-VINCENDON

Le

dernier

ministre de la

Justice

du

dernier

gouvernement (furtif et par essence

provisoire) nommé sous la présidence de

François Hollande avait commandé un

rapport sur l’avenir de la profession d’avocat

à un groupe réuni autour de notre excellent

confrère parisien Kami Haeri. Ce rapport a

été déposé en février 2017. Il se propose de

dresser un tableau de l’état actuel du

Barreau français et de rechercher à quoi

pourrait ressembler le Barreau de demain.

La tâche était donc ambitieuse… et, hélas,

les moyens visiblement limités !

Le tableau de la situation actuelle des

avocats en France est essentiellement basé

sur une étude approfondie des chiffres

fournis par la caisse de retraite du barreau

français, la CNBF. Et, en effet, la commission

Haeri, comme tous les avocats qui

s’intéressent à la vie du Barreau, a pu

constater

des

évolutions

parfois

vertigineuses mais aussi certaines données

qui semblent immuables. Ces chiffres

étaient déjà connus mais leur synthèse est

effectivement intéressante même si elle

n’est pas novatrice :

- le barreau se féminise,

- l’entrée dans la profession intervient

toujours à peu près au même âge depuis une

vingtaine d’années,

- les sorties prématurées du Barreau sont

certes importantes mais pas si nombreuses,

- la prise de retraite intervient désormais plus

tôt que précédemment,

- la profession demeure attractive pour les

jeunes diplômés alors même que le droit

n’est pas une matière enseignée dans les

filières classiques au lycée ce qui est la

marque d’une profession qui jouit d’une

image extrêmement forte.

Puis, viennent les éléments de prospective.

Après s’être penchés sur la nécessaire

réforme de la formation des avocats, les 4

rapporteurs ont dû faire œuvre d’imagination

pour nous dépeindre le Barreau du futur

puisque les nouvelles tendances issues du

numérique sont encore en grande partie en

gestation. Malgré l’intention affichée de

faciliter l’accès au droit pour tous, les

premières apparitions des créations de l’ère

numérique sont néanmoins inquiétantes

pour le Barreau. Les « legal tech » constituent-

elles l’avenir ? Pour qui ? Au détriment de

qui ? Les utilisateurs de ces sites gratuits ont-

ils conscience que « quand c’est gratuit, c’est

que le produit c’est eux ? »

Le rapport se penche également sur les

comportements actuels, en évolution ou

déjà avérés des jeunes générations de

diplômés. Le désamour à l’égard des

grandes entreprises au profit des aventures

individuelles curieusement concomitante

avec une tendance grégaire qui conduit à

vouloir agir « en meute », le nomadisme

permis par le numérique et le désir de

mobilité professionnelle semblent être les

ressorts essentiels de ces nouvelles

générations. Il me semble quand même

nécessaire de tempérer l’enthousiasme de

notre rapporteur. Il y a parfois loin du

discours à la pratique. Ainsi, si l’on avait pris

au pied de la lettre le discours des diplômés