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LE M@G DES AVOCATS n° 34 Le BARREAU de FRANCE n° 367 Juillet/Août/Septembre 2017

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Madame Simone VEIL

Licenciée en Droit, diplômée de l’Institut d’Etudes Politiques, elle est entrée dans la

magistrature en 1957 : nommée à l’Administration pénitentiaire, elle s’occupa ultérieurement,

à la Direction des Affaires civiles, des projets de loi sur le droit de la famille et notamment sur la

réforme de l’adoption.

Elle entre au Cabinet de Monsieur PLEVEN, alors Garde des Sceaux, en 1969 – Elle est nommée

en 1970n Secrétaire du Conseil Supérieur de la Magistrature et c’est la première fois qu’une

Femme occupe ce poste.

Elle a reçu la médaille de l’Education Surveillée, de l’Administration pénitentiaire et est

Chevalier de l’Ordre National du Mérite.

Elle a trois enfants.

Q : Madame, vous avez fait votre carrière

entière dans la Magistrature et vous êtes

arrivée jeune à un poste élevé et honori-

fique : avez-vous rencontré des difficultés

particulières du fait que vous étiez une

femme ?

R : Certes. J’ai eu des difficultés au départ

quand j’ai été affectée à l’Administration

Pénitentiaire : il y avait une très nette

réserve, pour ne pas dire prévention, de la

part des Magistrats qui m’accueillaient.

Il était alors fréquent de penser qu’une

Femme ne pouvait pas aller inspecter les

prisons et qu’elle aurait des contacts

difficiles avec les fonctionnaires de

l’Administration Pénitentiaire : je suis restée

7 ans dans ce poste, et même en Algérie où

les problèmes étaient multipliés, je peux dire

que je n’ai jamais rencontré de réelles

difficultés, bien au contraire, et les

préventions du départ sont tombées.

Q : Peut-être avez-vous montré à cet égard,

des qualités supérieures à celles des

hommes ?

R : La question ne se pose pas en termes de

supériorité ou d’infériorité.

Disons que j’ai fait mon travail

consciencieusement et normalement et

qu’en conséquence on m’a ensuite bien

acceptée.

D’ailleurs, dans son travail, une Femme doit

montrer ses qualités intrinsèques et rester

elle-même : les qualités féminines sont un

supplément et non un handicap, j’en suis

persuadée, et toutes les femmes doivent

l’être aussi.

Certes, à chaque changement de poste, j’ai

dû, à nouveau, faire la preuve de ce que

j’étais capable de faire et cela n’est jamais

demandé à un homme – tout simplement

parce que les hommes ont toujours une

prévention à l’égard des femmes

notamment quant à leur ponctualité et leur

disponibilité à l’égard de leur métier.

Il est certain qu’ils sont toujours très

méfiants vis-à-vis des femmes et ils vivent

tranquillement l’inégalité Homme/Femme

en la niant. Toutefois, les femmes arrivent en

grand nombre et cette inégalité finira sans

doute par disparaître.

Q : Quels conseils pourriez-vous donner aux

femmes ?

R : Tout d’abord d’avoir un métier (sauf bien

sûr si cela est contre leur instinct profond) –

car il est important que les femmes

participent à la vie de la Nation. Or elles n’y

parviendront réellement, n’accéderont à des

responsabilités sur le plan politique, syndical

ou même social que si elles ont acquis une

expérience et une discipline que seule la

formation et la vie professionnelle peuvent

leur procurer.